Amzer Gwechall - Pouldergat

C

ommémoration de l'Armistice de 1918


Le dimanche 11 novembre 2018 toutes les communes du Pays de Douarnenez ont célébré le centenaire de l'Armistice de 1918 qui mettait fin à quatre terribles années de guerre. Les pertes humaines s'élevèrent à plus de 18 millions de morts (militaires et civils) pour l'ensemble des belligérants. Près de 1,4 millions de soldats périrent du côté français.

La cérémonie de ce 11 novembre 2018, devant le monument aux morts de Pouldergat, a revêtu un caractère particulier. Une centaine de personnes y ont assisté, avec émotion à la lecture des mémoires de Pierre Belbeoc'h (maire de Pouldergat - Pouldavid à l'époque du conflit), en présence de descendants de sa famille.




Lecture est faite du récit de ce premier jour de l'armistice, vécu par P. Belbeoc'h. ( Lire Les Mémoires du Maire Pierre Belbeoc'h ) :

" Le 11 novembre 1918 vers 10 h du matin, je me trouvais avec Rathé* à semer de l’avoine dans le champ dit « Parc Ar Mour » parce que du haut du champ, on a une belle vue sur la baie de Douarnenez et le Menez-Hom qui la domine. Tout à coup, nous entendons le canon de Brest qui tonne à intervalles réguliers. « Finie la guerre, s’écrie mon « boche » (sic), nous retourner à la maison. » Ils sont joyeux mes prisonniers. Ils ne pensent pas à la défaite de leur pays. La guerre est finie ! Ils vont retourner chez eux, revoir femme et enfants dont ils sont séparés depuis 4 ans.
Les pauvres bougres ne retourneront pas de suite en Allemagne. Pendant plusieurs mois, on les gardera en France pour réparer les dégâts commis par leurs troupes.
Cependant, le canon tonne toujours à Brest à intervalles plus espacés. Je ne peux continuer mon travail. Je rentre à la maison en courant. Il est 11h15. Les cloches sonnent à Douarnenez. Justement voici le facteur. Quelles nouvelles ? La poste n’a rien reçu. Pourquoi les cloches ? C’est un mariage, dit le facteur. Un verre de vin ! Trinquons tout de même, à la France ! Il y a du nouveau dans l’air. Je suis très agité…..Midi ! La modeste cloche des ouvriers sonne à la ferme qui se tait, aucun écho. Nous nous mettons à table. Le temps est magnifique comme est souvent le début de l’automne en Bretagne, pas un souffle de vent, la fenêtre est ouverte. Il est une heure. Tout à coup, les cloches de Douarnenez sonnent à toute volée, puis voici Ploaré, Tréboul, lançant la bonne nouvelle, nous entendons Pouldavid, Le Juch, Pouldergat, St Vendal, Confort, St They, Poullan... . Le ciel est avec nous. Je n’ai jamais entendu les cloches des paroisses voisines comme ce jour-là et j’en ai bien gardé le souvenir. Inutile d’envoyer l’ordre de pavoiser à mes deux mairies, les drapeaux flottent déjà partout. G.M avait confectionné un beau drapeau tricolore et un drapeau américain. Bien vite, les drapeaux sont fixés à la fenêtre d’en haut. Je pose le phono devant la fenêtre de cette chambre et en avant tous les airs patriotiques que nous possédions : Marseillaise, Sambre et Meuse, Marche des Spahis, le clairon…
Que sera cet armistice ? Quelles seront les conditions qui seront imposées à l’Allemagne vaincue ? Comment la France pourra-t-elle se relever ? A PouldergatPouldavid, on ne pense pas à tout cela. Une chose est certaine : les hommes ont fini de se tuer. Les femmes vont s’arrêter de pleurer, les maris et les enfants vont revenir. La vie normale va reprendre de nouveau. "

* Rathé est le cheval de P. Belbeoc'h


Gaby Le Guellec, maire actuel de Pouldergat, poursuit en relisant le discours prononcé par Pierre Belbeoc'h devant la population de Pouldergat, le 24 novembre 1918, 2ème dimanche après l’armistice :

" Mes amis ! Il y a 4 ans et 4 mois de plus (le 2 août de l’année 14), j’étais monté ici sur ce mur du cimetière, pour vous annoncer la mauvaise nouvelle, de la déclaration de la guerre entre la France et les Prussiens, pour publier la mobilisation de tous les hommes jeunes. Et c’est 5 classes de la jeunesse que j’ai vues partir.
Pendant 4 années et 3 mois, il y a eu une bataille épouvantable, une tuerie comme il n’y a jamais eu sur la terre.
Toutes sortes d’armes pour tuer le monde, ont été inventées par les Allemands : Des avions jetant des bombes sur nos grandes villes, des gaz pour étouffer les gens, des jets de flamme pour les brûler, des canons tirant à plus de 30 lieues, des sous-marins qui envoyaient au fond de l’eau en 5 minutes un grand navire avec tout son monde.
Ce n’est pas par mille ni par cent mille mais par millions que l’on compte les hommes tués cette guerre-ci. Et les prisonniers, combien de misères ont-ils endurées en Allemagne ?
Ah mes amis, aujourd’hui nous pouvons crier avec grande joie : FINIE EST LA GUERRE, ON A FINI DE SE TUER !
Depuis le 11 de ce mois-ci, vous avez entendu les cloches chanter cette bonne nouvelle à travers les campagnes d’un clocher à l’autre. La paix est venue.
Ah, femmes, finissez de répandre vos larmes. La guerre est terminée. Et pour nous, c’est la victoire, une victoire belle assurément, plus belle que nous pouvions l’espérer. L’ennemi est vaincu pour longtemps. Il n’y a plus un soldat prussien sur la terre de France, sur cette terre qu’ils ont souillée pendant 4 ans.
L’Alsace-Lorraine, un pays riche par sa culture, riche par ses mines de fer et de charbon, cette Alsace-Lorraine volée par eux depuis l’année 1870 revient encore à la France. Nos soldats vainqueurs sont entrés dans les grandes villes : Metz, Mulhouse, Colmar. Demain, le drapeau aux trois couleurs de la France flottera au vent sur la cathédrale de Strasbourg. Je crois qu’après des événements si remarquables, notre premier devoir était de remercier le maître du monde. Nous avons rempli ce devoir.
Ensuite, nous sommes venus ici au milieu de nos morts, parce que nous avons un autre devoir à remplir, devoir d’honneur. Nous rappeler de ceux qui ont donné leur vie pour le pays.
Si nous avons la victoire, souvenir à nos soldats. Souvenir surtout de ceux qui ont laissé sur le champ, leur vie ou un morceau de leur corps : un bras, une jambe, un œil ou leur santé.
Sans tarder, les soldats reviendront à la maison. C’est avec grande joie que nous les recevrons.
Mais hélas ! Combien partis plein de vie ne reviendront jamais à la maison. Ah ! Longue est la liste des morts à la guerre. 97 ont été notés par moi dans la commune de Pouldergat.
Ah mes amis ! Honneur à la mère qui a donné son fils au pays ! Honneur à la veuve dont le mari est mort pour la France ! Soyez loués, enfants dont le père est tombé sur le terrain. Elle n’a pas été inutile leur mort. Leurs corps ne seront pas couchés dans ce cimetière au milieu de leur famille. Ils sont restés là-bas sur les routes de Charleroy, autour de Dixmude, au fond de la rivière de l’Yser. Ils dorment pour toujours dans la boue des Flandres, dans les tranchées de la Somme ; Ils sont tombés sur le champ de bataille de la Marne, du Soissonnais ou de la Champagne. Ils sont couchés à jamais dans les grands bois de l’Argonne, devant le fort de Verdun, sur les montagnes de la Serbie, ou fond des mers. Quelques-uns hélas sont perdus dans les cimetières d’Allemagne. Ah ! Nous garderons toujours le souvenir de ceux qui sont mort pour la Patrie. "


Moment d'émotion aussi quand les enfants de l'Ecole Yves Riou chantent, avec leurs institutrices, un chant à la gloire de la paix.

Après la minute de silence, la Marseillaise est entonnée et les cloches de l'église, en écho avec celles du secteur, sonnent pendant plusieurs minutes, rappelant cette heure de la journée du 11 novembre 1918 où "toutes les cloches de Douarnenez sonnent à toute volée, puis celles de Ploaré, Tréboul, Pouldavid, Le Juch, Pouldergat, St Vendal, Confort, St They, Poullan..."(Mémoires de P. Belbeoc'h).


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