Amzer Gwechall - Pouldergat

G

uerre 39-45 : Les victimes

Guillaume Le Brun - Eugénie Mazéas née Le Gouill - François Guillou - Les Frères Le Gac - Alain Parc et Georges Kerloc'h

 

Dossier du meurtre de Guillaume Le Brun par les allemands, le 29 juillet 1944, à Pouldergat
(documents d'archives)


  • Résumé de l’affaire
  • Enquête de la gendarmerie le jour du meurtre
  • Lettre du chef des F.F.I. de Douarnenez au colonel des F.F.I. à Quimper
  • Lettre du receveur des P.T.T. de Douarnenez au chef des F.F.I. à Douarnenez
  • Témoignage du Facteur André Bourdon
  • Procès verbal de l’enquête sur la recherche des responsables de l’homicide de Guillaume Le Brun
  • Note de la police judiciaire de Rennes

Extrait d’un rapport en date du 14-11-44, adressé par le Capitaine RIOU, Cdt le 2° Bureau Douarnenez, à Monsieur le Colonel de Rosmorduc, Cdt la Subdivision Militaire de Quimper)

Résumé de l'affaire

Le 29 juillet 1944, vers 9 heures 45, Mr LE BRUN Guillaume, cultivateur à Pouldergat, quitte son domicile pour se rendre, dira-t-il à sa femme, au bourg, chez le coiffeur. A quelques centaines de mètres du bourg, il rencontre un sergent et un soldat, russes tous les deux, qui lui demandent ses papiers. Pendant que Mr LE BRUN se fouille, sans aucune explication, les deux brutes l’abattent de plusieurs coups de fusil et d’une rafale de mitraillette.
Mr LE BRUN était âgé de 78 ans, et jouissait dans le village d’une excellente réputation. Le témoin de cette scène de barbarie est Mr BOURDON André, facteur, 2, rue de la Marine à Douarnenez, qui avait été arrêté par ces mêmes russes quelques instants auparavant et fut relâché après l’assassinat du malheureux vieillard. Voici donc le signalement des deux assassins : Sergent X…, 1m66, forte corpulence, teint bronzé, visage marqué de petite vérole, entièrement tatoué même sur les mains et les doigts. Soldat X… blond, corpulence moyenne, 1m70.

Enquête de la gendarmerie le jour du meurtre

Ce jourd’hui samedi vingt-neuf juillet mil neuf cent quarante quatre à dix-huit heures.
Nous soussignés : David Jean & Pogeant Daniel
gendarmes à la résidence de Douarnenez, département du Finistère, revêtus de notre uniforme et conformément aux ordres de nos chefs, rapportons ce qui suit :
Le vingt-neuf juillet 1944, à treize heures trente, étant à notre caserne, sommes avisés par le secrétaire de Mairie de Pouldergat que le cadavre de M. Le Brun, Guillaume, âgé de 78 ans, cultivateur au « Couédic » en Pouldergat, venait d’être découvert à 300 mètres environ de son domicile, en bordure du chemin de grande communieation n°43. Nous nous rendons sur les lieux, et procédant à une enquête, recueillons les renseignements suivants :

======= Constatations =======

A notre arrivée sur les lieux de la découverte, le cadavre de M. LE BRUN avait déjà été transporté à son domicile au « Couédic » en Pouldergat, où nous remarquons la présence de M. LE GUELLEC, maire de Pouldergat, ainsi que M. Le docteur Cornic de Douarnenez. Ce praticien, après examen du cadavre a conclu à une mort provoquée par arme à feu, il a délivré un certificat médical, que nous joignons à la 1ère expédition du présent. Nous constatons que le cadavre porte une trace de balle à hauteur du sein gauche et des ecchymoses à la tête et aux jambes.
Le cadavre a été découvert à 1500 mètres environs au sud ouest du bourg de Pouldergat, et à 300 mètres de la ferme du « Couédic » même commune en bordure du chemin de Grande communication n°43. A cet endroit, dans le fossé sud-est et contre le mur du même côté, longeant la route, nous avons découvert deux grandes flaques de sang, ainsi qu’une douille de fusil de guerre et son chargeur.

====== Renseignements =======

A son domicile, le 29 juillet 1944 à 14h45, madame Le Brun Corentin née Jolivet Marie, le 15 juin 1898 à Pouldergat (Finistère) cultivatrice au « Couédic » en Pouldergat (Finistère) connue de nous déclare :
« Ce matin vingt neuf juillet 1944 vers 9h45 mon beau-père M. LE BRUN Guillaume, âgé de 78 ans, a quitté la maison pour se rendre chez le coiffeur au bourg de Pouldergat. Vers onze heures, M. Fertil, Jean cultivateur au manoir de « Moguermeur » en Pouldergat, est venu m’aviser qu’il venait de découvrir le cadavre de mon beau-père dans le fossé en bordure du chemin de grande communication n°43 à environ 300 mètres de la ferme. M. Bourdon, facteur qui faisait la tournée de Pouldergat, lui a fait connaitre que mon beau-père avait été abattu par des militaires de l’armée d’occupation.
M. le docteur Cornic de Douarnenez, est venu constater le décès de mon beau-père, il a délivré un certificat médical que je vous remets. J’ignore dans quelle circonstance mon beau-père a été abattu par ces militaires. Il a été trouvé en possession de ses papiers d’identité et de son argent. Il était d’une conduite exemplaire ».
A son domicile, le 29 juillet 1944, à seize heures, M. Fertil, Jean cultivateur au manoir de « Moguermeur » en Pouldergat (Finistère), né le 15 janvier 1923 ( connu de nous) qui déclare :

« Ce jourd’hui, 29 juillet 1944, vers onze heures, alors que je travaillais dans un champ situé en bordure du chemin de grande communication n° 43, j’ai appris par un cycliste de passage q’un homme inanimé était allongé dans le fossé de la route, non loin de la ferme du « Couédic » en Pouldergat. Il m’a donné le signalement de cet homme, et j’en ai déduit qu’il s’agissait de M. LE Brun Guillaume, cultivateur au « Couëdic » en Pouldergat. Je me suis rendu sur les lieux et ai constaté qu’il s’agissait bien du cadavre de M. LE BRUN Guillaume. Son corps était encore chaud, et le sang s’échappait derrière son dos. Immédiatement j’ai avisé la famille de cet homme.

J’ai appris par la suite, par M. Bourdon André, facteur à Douarnenez, que M. Le Brun avait été abattu par des militaires de l’armée d’occupation. J’ignore dans quelles circonstances il a été tué. Quoiqu’étant très âgé, M. Le Brun était encore très lucide, il avait une conduite exemplaire, et était très estimé de son entourage.

Au bourg de Pouldergat, le 29 juillet 1944, à dix-sept heures, M. Bourdon André, facteur auxiliaire, demeurant 2 rue de la Marine à Douarnenez (Finistère) né à Versailles (S.etO.) le 21 novembre 1924 (connu de nous) qui déclare :

« Ce jourd’hui 29 juillet 1944 vers dix-heures 45, je me trouvais au bourg de Pouldergat, en tournée de distribution de lettres, lorsque j’ai été arrêté par deux militaires de l’armée d’occupation pour contrôle de mes pièces d’identité. Ces deux militaires, cantonnés au bourg de Pouldergat, sont d’origine russe, et dont l’un de petite taille portait les insignes du grade de sergent. Après examen de mes papiers ils se sont mis à fouiller dans mon sac de facteur, où ils y ont découvert des livres de cantiques écrits en breton et destinés à M. le recteur de Pouldergat. Le sergent a saisi ces opuscules et les a mis dans sa vareuse, puis s’adressant à moi il a crié « terroriste » suivez-moi. J’ai eu beau discuter avec cet homme, essayant de lui expliquer que j’étais facteur, et que mes pièces d’identité étaient en règle, malgré cela j’ai été obligé de mariner à trois pas devant lui, pour prendre la direction de Pont-Croix, où se trouve le Commandement de cette unité. En cours de route, nous avons été dépassé par une voiture hippomobile de l’armée allemande, le sergent et le soldat qui m’accompagnait m’ont fait monter dans ce chariot. Arrivé à 30 mètres environ du chemin de terre qui conduit à la ferme du « Couédic » en Pouldergat, nous avons rencontré M. Le Brun Guillaume cultivateur au village précité et qui venait à pied du bourg de Pouldergat.

L’un des soldats, qui suivait le chariot a interpellé M. Le Brun, en ces termes « papiers », puis je l’ai entendu prononcer d’autres paroles que je n’ai pas comprises. Toujours est-il qu’un moment donné, j’ai aperçu M. Le Brun qui avait les mains en l’air. Le soldat le frappait à coup de point à la figure. Pendant ce temps le chariot avait dépassé le chemin du Couëdic d’une vingtaine de mètres, lorsqu’à un moment donné le sergent qui me suivait est revenu sur ses pas, et presqu’aussitôt j’ai entendu un coup de feu. Quelques instants plus tard, j’ai aperçu M. Le Brun qui se débattait avec un allemand, un second coup de feu, puis une rafale d mitraillette se sont faits entendre. J’ai entendu M. Le Brun lâcher un cri, puis tout est entré dans le calme. Le sergent et le soldat sont revenus reprendre leur place à côté du chariot, et avons continué la route vers Pont-Croix. J’ai très bien su que M. Le Brun venait d’être tué car j’ai entendu le sergent prononcer le mot « capout » en s’adressant à ses camarades. Le sergent et son soldat se trouvaient en état d’ivresse et étaient d’une brutalité exagérée. Moi-même j’ai été frappé par eux..

Quelques instants après, peu avant d’arriver à Confort en Meilars, le sergent m’a déclaré que j’étais libre, je suis donc retourné à Pouldergat pour continuer ma tournée. 
»

Quatre expéditions :

  • la 1ère, avec le certificat médical, à Monsieur Le Procureur de la République à Quimper
  • la 2ème à Monsieur le préfet du Finistère à Quimper
  • la 3ème à la Felkommandantur n°752 à Quimper
  • la 4ème à nos chefs

====== Etat Civil ======

LE BRUN Guillaume Marie, cultivateur au « Couëdic » en Pouldergat (Finistère), né au dit lieu le 4 décembre 1865, fils de feu Guillaume et de BARIOU Anna, marié 3enfants.

======= Renseignements =======

A son domicile, le 29 juillet 1944 à dix-sept heures 45, Monsieur LE GUELLEC, Jean, maire de la commune de Pouldergat, qui déclare :

« J’ai été très surpris d’entendre ce matin 29 juillet 1944, vers onze heures trente, que monsieur Le Brun Guillaume, cultivateur du « Couëdic » en Pouldergat avait été abattu par des militaires de l’armée d’occupation au cours de la matinée.
M. LE BRUN est ancien maire de la commune de Pouldergat, quoiqu’'étant très âgé, cet homme avait conservé toute sa lucidité et son élan. Il était très estimé de la population, et à mon avis n’a jamais manqué de respect envers l’armée Allemande. »

signé POGEANT & DAVID

Extrait d’un rapport en date du 14-11-44, adressé par le Capitaine RIOU, Cdt le 2° Bureau Douarnenez, à Monsieur le Colonel de Rosmorduc, Cdt la Subdivision Militaire de Quimper)

Source documentaire : Archives d’Ille-et-Vilaine - 1045 W 25
Transcription : Mikaël Le Bars

Lettre du chef des F.F.I. de DOUARNENEZ

à l'administrateur principal de l’inscription maritime Québriac, chef du bataillon des FFI
à Monsieur le Colonel, commandant les F.F.I. à Quimper

" Mon Colonel,
J’ai l’honneur de vous transmettre ci-joint les rapports qui me sont parvenus au sujet du meurtre de M. LE BRUN, survenu le 29 juillet dernier.
Cet assassinat a produit une très douloureuse impression sur toute la population environnante et nous serions tous heureux d’apprendre qu’un acte aussi inqualifiable reçoive la punition qu’il mérite.
Les auteurs du crime ont rallié Douarnenez d’abord et se sont ensuite dirigés vers la presqu’île de Crozon; ils sont certainement prisonniers à l’heure actuelle et le facteur auxiliaire pourrait faire le déplacement nécessaire pour les reconnaître.
"


Lettre du receveur des P.T.T. de  Douarnenez au chef des F.F.I. à Douarnenez

Douarnenez le 29 septembre 1944,
Le receveur de P.T.T. à monsieur le commandant d’arrondissement des F.F.I à Douarnenez

"Commandant,

J’ai l'’honneur de vous transmettre, pour la suite que vous jugerez utile, le rapport ci-joint établi par Mr Bourdon, André, auxiliaire de la distribution à Douarnenez où il habite 2 rue de Marine.
Cet agent a été le témoin oculaire de l'assassinat de Mr Le Brun, maire de Pouldergat, par un sergent allemand le 29 juillet 1944. Mr Bourdon se déclare être en mesure de reconnaitre le meurtrier, qui appartenait à ce moment à la formation stationnée dans les casemates de Pouldergat.
Veuillez agréer, mon Commandant, ‘assurance de mes sentiments dévoués.
"


Témoignage du Facteur André Bourdon

Douarnenez le 26 septembre 1944.
Rapport sur l’assassinat de Monsieur Le Brun, ex maire de Pouldergat.


"Le 29 juillet 1944 au cours de ma distribution de lettres à Pouldergat, au croisement de la route de Landudec et de Guilers, j'ai été interpellé par deux soldats allemands : un sergent et un soldat.
Ils m’ont interpellé en ces mots: « papier ». J’ai remis ma carte d’identité et mon permis de circuler au sergent, qui les a empochés sans les regarder.
L’autre soldat s’est mis à fouiller ensuite dans mon sac, à saisi une liasse de cantiques bretons, puis brutalement m’a mis ces papiers sous le nez en criant : « terroristes suivez-nous ».
Nous avons alors pris tous les trois la route de Pont-Croix, durant ce trajet j’avais la mitraillette braquée dans le dos.
A l’allure de ces deux soldats qui tenaient à peine sur leur bicyclettes, j’ai su qu’ils étaient ivres.
Arrivé en vue du lieu appelé : « croix du Couédic », le soldat interpella monsieur Le Brun qui rentrait chez lui après avoir été au bourg.
Brutalement, il lui demanda ses papiers. Celui-ci les lui remis, alors sans motif, le soldat le frappa au visage avec son fusil. Le vieillard effrayé de ce traitement infâme, s’enfuit en direction de sa ferme.
Le soldat épaula son fusil, et tira successivement deux coups en direction du vieillard.
Le sergent alors accourut sa mitraillette au poing, ils acculèrent monsieur Le Brun à un mur et se mirent à le frapper sauvagement.
Puis, voyant que le vieillard criait, le sergent lui déchargea sa mitraillette dans la poitrine; le vieillard poussa un cri et s’affaissa.
Les deux soldats se mirent à le fouiller et lui prirent sa montre.
Ils revinrent tous deux à l’endroit où j’étais arrêté, me demandaient à leur expliquer les cantiques bretons qu’ils m’avaient pris, devant mon mutisme, ils me frappèrent au dos et au bras à coup de crosse. Je fus conduit à la Carrière où des sergents allemands expliquèrent mon cas, et où je fus relâché.
Je suis en mesure de reconnaître exactement le sergent et le soldat qui ont abattu monsieur Le Brun à Pouldergat.
"

Le facteur de Pouldergat. signé : Bourdon


Procès verbal de l’enquête sur la recherche des responsables de l’homicide de Guillaume Le Brun

Gendarmerie Nationale
-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

Ce jourd’hui, samedi quatorze octobre mil neuf cent quarante-quatre à dix-huit heures.
Nous soussignés, David Jean et Caradec Charles gendarmes à la résidence de Douarnenez, département du Finistère, revêtus de nôtre uniforme et conformément aux ordres de nos chefs, rapportons ce qui suit:
En service et agissant en vertu d’une réquisition de Monsieur le Juge d’Instruction à Quimper, en date du 6 octobre 1944, en vue de rechercher et d’identifier X… sergent et « soldat russes allemands » prévenus d’homicide volontaire, le 29 juillet 1944 sur la personne de M. LE BRUN Guillaume, âgé de 78 ans, cultivateur au « Couëdic », en Pouldergat (suite au procès-verbal n°358 de notre brigade en date du 29.7.1944), nous recueillons les renseignements suivants :

======= DECLARATION ======

A son domicile, le 14 octobre 1944, à 17 heures, M. LE GUELLEC, Jean, maire en la commune de Pouldergat (Finistère) nous déclare : « Je ne connais pas les noms du sergent et du soldat russe allemands qui ont commis le meurtre de M. LE BRUN, cultivateur au Couëdic en Pouldergat. Ils faisaient partie d’un détachement d e20 à 25 hommes, stationné dans les blockhaus, situé à 100 mètres à la sortie du bourg de Pouldergat. Ce détachement faisait partie d’un bataillon, dont une partie était cantonné à Kerviny en Poullan, et l’autre partie à Pont-Croix. J’ignore le n° de leur unité. Les militaires du détachement de Pouldergat étaient tous des Russes, ils ont quitté la commune dans l’après-midi du 4 août 1944 pour se diriger vers Douarnenez, où ils ont rejoint une compagnie de soldats allemands cantonnés au bourg de Ploaré.
Ces soldats ne fréquentaient aucune personne au bourg de Pouldergat, et entr’eux ils ne se nommaient jamais. Ils sont restés au bourg de Pouldergat durant trois semaines environ. Le sergent X.. auteur du meurtre de M. LE BRUN, a la taille de 1 m 66 environ, forte corpulence, cheveux châtain-foncé, teint bronzé, visage complètement ravagé par les traces de la variole, tatouage sur tout le corps, sur les bras et même sur les mains et les doigts (portraits de femme sur les avant-bras). Le soldat qui l’accompagnait avait une taille de 1 m 70 environ, il était plutôt blond, c’est tout ce que je possède de son signalement.
Le sergent était sous les ordres directs d’un lieutenant qui était cantonné à Kerviny en Poullan. J’ignore le nom de ce dernier. » Signe.

Au cours de nos investigations, nous apprenons que le lieutenant sous les ordres duquel étaient placés le sergent et le soldat, objet de notre enquête, se nommait Laspée. Cet officier, qui certainement dû être mis au courant du meurtre de M. LE BRUN, par les auteurs, pourrait citer les noms.
Le lieutenant LASPEE a dirigé les opérations de combats qui se sont déroulées à Douarnenez le 5 août 1944. Il a quitté Douarnenez dans la nuit du 8 au 9 août 1944 (il a quitté Douarnenez dans la nuit du 8) avec la garnison allemande de Ploaré à destination de la presqu’ile de Crozon.

De nombreuses personnes ont été entendues verbalement, aucune d’elles n’a pu nous fournir aucun autre renseignement permettant d’identifier les auteurs de cet homicide volontaire.

Deux expéditions :

  • la 1ère à monsieur le Juge d’Instruction,
  • la 2ème à nos chefs

Signé : Caradec & David


Note de la police judiciaire DE RENNES

Rennes 24 décembre 1948
Le commissaire de Police, HENAUT Marcel, détachée à la recherche des crimes de guerre ennemis
à Monsieur le commissaire principal, chef du service régional de Police Judiciaire
- R E N N E S -

Objet : Crimes de guerre - Meurtre de LE BRUN Guillaume, 78 ans, demeurant à Pouldergat (Finistère).
Refer : Vos instructions.

J’ai l’honneur de vous transmettre, ci-joint, un dossier relaxes au meurtre de M. Guillaume Le Brun, commis le 29.7.1944 à Pouldergat par 2 militaires russes d’une unité Germano-Russe cantonnée dans la région.

Le 29 juillet 1944, vers 10 h 45 M. LE BRUN fut interpelé par plusieurs soldats qui demandèrent ses papiers. M. LE BRUN fut ensuite brutalisé et plusieurs coups de feu furent tirés par un sergent et un soldat de la patrouille. M. LE BRUN tomba mortellement atteint par plusieurs projectiles. Cette scène se déroula en quelques minutes.

M. BOURDON André, facteur des P.T.T. à Douarnenez, en tournée à Pouldergat fut témoin de cette scène. Arrêté au cours de route par les 2 mêmes soldats, il avait dû monter dans un chariot et suivre les militaires jusqu’à Confort en Meilars où il fut libéré. Cette patrouille appartenait soit à la compagnie cantonnée à Guerviny en Poullan, soit à celle cantonnée à Tréfest en Pont-Croix. Cette dernière était commandée par un lieutenant russe dont le nom est inconnu, mais dont la photographie est jointe au dossier relatif au meurtre de GLOAGUEN Gabriel à Pont-Croix.
La première de ces compagnies était commandée par le lieutenant KRAUS ou KAUS (voir dossier relatif au meurtre de 4 personnes à Mahalon le 28.7.1944).

Le commissaire de Police Judiciaire

Destinataires :

M. Le Général, Commandant la IIIème région militaire
Justice Militaire à Rennes
M. Le Directeur des services de Police Judiciaire à Paris

Etat civil de la victime :

Le Brun Guillaume, né le 4.12.1865 à Pouldergat, cultivateur au Couédic en Pouldergat, marié, 3 enfants.


Source documentaire : Archives d’Ille-et-Vilaine - 1045 W 25
Transcription : Mikaël Le Bars



Le meurtre D’Eugénie Mazéas, née Le Gouill, en 1944 à Pouldavid

Eugénie MAZEAS, née LE GOUILL était née le 04/09/1910 à Pouldavid. Elle était la fille de Louis, marin-pêcheur, et Marie Jeanne CABILLIC.
Elle était mariée depuis 1932 à Alain MAZEAS (1907-1971).
Le 5 août 1944 elle est abattue par un soldat allemand au 13, rue Eugène Lucas.


Témoignage de Jules LE GOUILL, 56 ans, marin-pêcheur, frère d’Eugénie, le 15/12/1948 auprès des services de police :

" Le 5 août 1944 des soldats allemands sont arrivés à Pouldavid vers 10 heures pour effectuer une rafle. Ma sœur se trouvait chez moi et comme nous entendions des cris je me suis précipité vers la porte et ma sœur me suivi. J'ai voulu faire entrer les personnes qui se trouvaient dans le couloir et à ce moment je me suis aperçu que les Allemands se trouvaient au milieu de la rue, face au couloir. L’un de ces Allemands armait son fusil pour tirer dans notre direction. Je refermais précipitamment la porte et l'Allemand tira au travers de la porte. Je fus légèrement touché à l'oreille mais ma sœur qui se trouvait derrière moi fut blessée mortellement à la gorge.
De nombreux civils avaient été rassemblés mais les Allemands les libérèrent à leur départ vers 14 heures. Il semble que ces Allemands qui étaient au nombre d'une centaine venaient de la région de Pouldreuzic en renfort à la suite des combats qui avait eu lieu à Ploaré entre les Allemands et la résistance."


Rapport de crime de guerre de la Brigade Régionale de Police Judiciaire de Rennes le 20/12/1948 :

" Le 5 août 1944, vers 10 heures, à la suite des combats qui s'étaient déroulés entre un groupe de résistants et des Allemands à Ploaré, une centaine d'Allemands effectuèrent une rafle à Pouldavid (Finistère). De nombreuses personnes essayèrent de se dérober aux recherches allemandes et Le Gouill voulut aller ouvrir la porte du couloir de son domicile pour permettre à plusieurs personnes d'entrer. Madame Mazéas, sœur de Monsieur Le Gouill, suivit ce dernier. Monsieur Le Gouill ouvrit la porte, mais apercevant des Allemands voulu la refermer. Les Allemands tirèrent alors dans la porte blessant légèrement M. Le Gouill, mais atteignant mortellement Madame Mazéas qui était derrière lui.
Les responsables de ce meurtre appartiennent à une unité Germaine russe, citée dans le rapport sur le meurtre de MM. Joncour et Laurent à Ploaré le 4 août et vraisemblablement à l'unité cantonnée à Pouldergat, et placée sous les ordres des Lieutenants Lospee et Boch car la compagnie venait de la direction de cette commune à son arrivée à Pouldavid. "

Après la guerre Eugénie Mazéas a été déclarée « MORTE POUR LA FRANCE »

Source documentaire : Archives 35 - 1045 W 23
Transcription : Mikaël Le Bars



François Guillou, résistant de Pouldavid, fusillé par les allemands


François Guillou est né le 18 août 1918, rue Laënnec, à Pouldavid, fils de Séverin Armand marin-pêcheur et de Thérèse Jeanne Alexis LE BRUN. Il exerçait le métier de journalier agricole et de manœuvre. Depuis le 1er juillet 1943 il fait partie des FTP dans la compagnie Kléber de Douarnenez.
Un câble téléphonique souterrain reliant Quimper à Audierne qui passait à proximité de la ferme où il était employé, fut coupé près du moulin de Kerguesten à Pouldavid.
Sur dénonciation Mathieu CALVEZ fut arrêté, mais celui-ci parvient à s’évader. Soupçonné d’avoir participé au sabotage, François GUILLOU est appréhendé à son domicile par la Feldgendarmerie le 20 octobre, en tant que franc-tireur, pour sabotage des lignes téléphoniques de la Werhmarch. Sont témoins de son arrestation Mmes GOURRET et LE ROUX de Pouldavid. Il est interné à la prison de Mesgloaguen jusqu’au 30 octobre puis à l’école St Charles du 31 octobre au 17 janvier 1944.
A son procès le 17 décembre 1943 ou le 7 janvier 1944 suivant les sources, à moins qu’il y ait eu deux procès ; étant quasiment aveugle, il est condamné à mort par le tribunal militaire allemand FK 752 de Quimper pour « complicité d’acte de sabotage de sectionnement d’une ligne téléphonique souterraine » ayant fourni à un camarade les moyens de commettre cet acte.
La préfecture du Finistère signale cette condamnation aux Hautes Autorités françaises et les prie d’intervenir auprès du Commandement Allemand « afin d’obtenir que cette sévère condamnation ne soit pas exécutée et qu’elle soit transformée en une peine préventive ». L’Ambassadeur de France, Secrétaire d’État auprès du chef du Gouvernement est sollicité pour cette démarche à plusieurs reprises.
Toutes ces démarches demeurent vaines et le jugement est exécuté le 17 janvier 44 à Plomelin ainsi que BOUÉDEC du Petit Carhaix qui sera inhumé dans le cimetière de Pluguffan. François GUILLOU fut inhumé dans le cimetière de Plomelin 5è rangée à droite de la porte, la dernière tombe le long du mur nord.
Le 15 octobre 46 le Ministère des Anciens Combattant et Victimes de Guerre confirmait l’attribution du titre « d’interné résistant » à François GUILLOU. Par la suite, le maire de Plomelin en référence à la lettre du 25 octobre 46 signalait que l’inscription « mort pour la France » avait été inscrite sur son acte de décès.

Sources.


Extrait de LE TELEGRAMME du 16-10-1944

Une victime des boches, François GUILLOU
Au début d’octobre 1943 un câble souterrain était coupé 1 km du Moulin de Kerguesten en Pouldavid. Les Allemands sur dénonciation procèdent à l’arrestation de Mathieu CALVEZ qui s’évade. Ils arrêtent François GUILLOU, infirme, qui avoue sous la torture. Il fut condamné à mort, fusillé le 24/01/1944, inhumé à Plomelin.

Note : La plupart des sources s’accordent pour dater l’exécution au 17 janvier.


Transcription de la lettre de François GUILLOU à ses parents écrite le jour de son exécution le 17 janvier 1944



Note : François GUILLOU était infirme, presque aveugle, il lui aurait été difficile d’écrire une telle lettre. Sans doute a-t-elle été rédigée sous sa dictée, peut-être par le chanoine LE STER alors confesseur à la prison Saint Charles.


Les autorités allemandes informent le Préfet de l’exécution de François GUILLOU (Transcription Alain LE GRAND - AD Finistère - 208J)

Guericht dei FeldKommandatur 752 … Quimper le 18 janvier 1944
Mr le Préfet du Finistère,
Objet – Affaire pénale François Guillou

" Le tribunal est informé de ce que le ressortissant français François Guillou de Pouldavid, né à Pouldavid le 18/08/1918, en dernier lieu incarcéré à la prison militaire de l’armée allemande à Quimper a été condamné à mort par jugement exécutoire du Tribunal militaire. Le présent jugement a été mis à exécution le 17 janvier 1944. Guillou a été inhumé au cimetière de Plomelin 5e rangée à droite de la porte, dernière tombe le long du mur nord. "

Signé : illisible – Kriegsgerichtsrat


Les autorités françaises interviendront en sa faveur pour une commutation de peine, à plusieurs reprises. Mais toutes les démarches resteront sans résultat.




Les Frères Le Gac, résistants de Bannalec


Au matin du jeudi 6 avril 1944 les soldats allemands déposent au cimetière de Pouldergat les corps de deux jeunes résistants qu’ils viennent de fusiller la veille, le 5 avril. Ce sont les deux Frères Le Gac de Bannalec.

Leur engagement au service de notre liberté leur vaudra d’être reconnus « Morts pour la France » en 1945.

Coïncidence de l’Histoire, leur père, Jean-Marie Le Gac, était né à Ploaré d’une famille originaire de Pouldergat.


Lire plus de détails à la page Résistance ...



Autres victimes du conflit 39-45 - Morts pour la France.


Alain PARC

Alain PARC est né à Pratanirou en POULDERGAT le 27 novembre 1885, fils de François et de Marie Anne LE COZ. Il se marie en 1917 à Marie TOULLIC et s'installe à Pouldavid où il devient marin-pêcheur. Il est blessé à son domicile, 29 rue de République à Pouldavid, durant les combats de libération d'août 1944. Il décèdera de ses blessures le 17 octobre suivant.

Georges KERLOC'H

Georges KERLOC'H est né le 13 novembre 1911, rue du Môle, à Douarnenez, fils de Jean Alain et Marie Anne TOULANCOAT. Son père, marin d'état, était décédé à Toulon, le 25 septembre précédent. Il décède à Casablanca (Maroc) le 13 septembre (1) 1939. Marié à une fille de Pouldavid, il sera enterré au cimetière de cette commune.

(1) Cette date est écrite en « mention marginale » sur son acte de naissance, le mois de septembre est suivi d'un point d'interrogation, donc à confirmer.



 
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